NUMISMATIQUE provençale et du Sud / Est

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celui des monnaies et de leur histoire

La spécificité provençale du monnayage royal en Provence après l’union à la couronne de France

En 1481, à la mort de Charles III d’Anjou, la Provence passe sous l’autorité de Louis XI. Mais le rattachement politique au royaume de France signifie-t-il pour autant la disparition immédiate du monnayage provençal ?

À travers l’étude des émissions monétaires et des ateliers d’Aix, de Tarascon et de Marseille, Jean-Louis Charlet met en lumière les tensions entre la volonté d’unification royale et la défense des privilèges de la Provence. Légendes, types monétaires, valeurs et autorisations de frappe deviennent autant de témoignages d’un compromis qui se révèle parfois difficile à appliquer.

Du règne de Louis XI à celui de François Ier, l’auteur retrace les étapes d’une transformation progressive : les monnaies conservent longtemps des particularités provençales, alors même que le pouvoir royal cherche à imposer les usages du royaume.

Une étude qui montre combien la numismatique permet de saisir les réalités politiques et institutionnelles d’une province au moment de son intégration à la monarchie française.

📖 L’article original

Jean-Louis Charlet — Annales du Groupe numismatique de Provence, tome III, 1988, p. 35-44 (lien)

📚 Synthèse de l’article

Cette synthèse présente les principaux éléments de l’étude de Jean-Louis Charlet et permet d’en comprendre les enjeux historiques et numismatiques avant ou après la lecture du document original.

Un rattachement politique qui ne règle pas la question monétaire

L’article s’ouvre sur la succession de Charles III, dernier comte de Provence de la maison d’Anjou, mort le 11 décembre 1481. Le testament du comte et les négociations qui suivent placent au premier plan la préservation des lois, des coutumes et des privilèges provençaux.

Les États de Provence souhaitent notamment que le roi de France ne transforme pas immédiatement le monnayage local en une simple reproduction de celui du royaume.

Le problème est donc double : Louis XI peut-il exercer son autorité royale tout en portant le titre de comte de Provence ? Et jusqu’où les institutions provençales peuvent-elles conserver leur système monétaire traditionnel ?

La thèse centrale de Charlet est que l’intégration politique ne provoque pas une uniformisation monétaire immédiate. Les monnaies deviennent le lieu d’un compromis entre la souveraineté royale et les particularismes provinciaux.

L’héritage monétaire de René d’Anjou

Avant 1481, le monnayage provençal possède déjà ses propres caractéristiques.

L’auteur rappelle les réformes intervenues sous René d’Anjou, notamment celles de 1434 et de 1455, puis la volonté de rapprocher certaines émissions des types royaux français.

Les espèces mentionnées comprennent notamment :

  • le coronat, le gros et le demi-gros ;
  • le blanc et le demi-blanc ;
  • le quart de gros et le patac ;
  • le denier coronat ;
  • des monnaies d’or telles que le florin et le magdalon.

Ces monnaies ne se distinguent pas uniquement par leur dénomination ou leur valeur. Leurs légendes, leurs emblèmes et leur iconographie permettent aussi d’identifier une tradition monétaire propre à la Provence.

L’héritage de René constitue ainsi le point de départ indispensable pour comprendre les choix effectués après le rattachement à la France.

Louis XI : entre imitation du royaume et maintien des usages provençaux

Sous Louis XI, la question se pose avec une acuité particulière.

Le roi cherche à rapprocher les monnaies provençales de celles du royaume, mais il doit également tenir compte des engagements pris envers les États de Provence.

Charlet étudie plusieurs types monétaires, notamment les blancs au soleil, les blancs à la couronne, les patacs et les deniers coronats. Il souligne les différences entre les émissions d’Aix et celles de Tarascon, ainsi que les difficultés d’attribution de certaines pièces.

Un point mérite particulièrement l’attention du numismate : une monnaie de type royal n’est pas nécessairement une monnaie dépourvue de caractère provençal. La titulature, la marque d’atelier, les légendes et les caractéristiques techniques doivent être examinées conjointement.

Les monnaies frappées à Aix peuvent ainsi reprendre des types du royaume, tout en conservant des éléments propres à la Provence. À Tarascon, certaines émissions témoignent plus directement de la persistance de traditions locales.

L’étude montre également que les textes réglementaires ne suffisent pas à établir la réalité des frappes : il faut les confronter aux exemplaires connus et aux documents relatifs au fonctionnement des ateliers.

Charles VIII : l’affirmation progressive de l’autorité royale

Sous Charles VIII, l’intégration de la Provence au royaume se consolide. Pourtant, l’évolution du monnayage demeure progressive.

Les ateliers provençaux sont soumis aux décisions royales, mais les pratiques héritées de la période précédente ne disparaissent pas instantanément.

Les autorisations de frappe, les changements de types et les interruptions d’activité montrent que la politique monétaire dépend autant des choix du pouvoir que des conditions concrètes de production.

Les pièces sans marque d’atelier posent notamment des problèmes d’attribution. Pour les identifier, il est nécessaire de confronter les légendes, les types, les caractéristiques techniques et les informations documentaires.

Cette difficulté sera reprise dans des travaux postérieurs consacrés aux monnaies de Charles VIII.

Louis XII et François Ier : la défense des frappes locales

Les règnes suivants prolongent cette évolution, avec des phases de fermeture, de reprise et de réorganisation des ateliers.

Sous Louis XII, les activités monétaires provençales demeurent soumises aux décisions royales et aux demandes des institutions locales. La production ne suit pas une progression continue : les besoins en numéraire et les conflits d’autorité contribuent à expliquer les interruptions.

Sous François Ier, les États de Provence continuent à intervenir pour obtenir ou maintenir certaines frappes locales. Les patacs et les deniers coronats occupent une place importante dans ces débats.

Les ateliers d’Aix, de Tarascon et de Marseille connaissent des situations différentes. Leurs activités ne s’interrompent pas toutes au même moment, et il faut distinguer les monnaies effectivement frappées des émissions simplement autorisées ou envisagées.

Au fil du XVIe siècle, la normalisation du monnayage progresse néanmoins. Les particularités provençales perdent progressivement du terrain face à la politique d’unification de la monarchie.

La conclusion de Charlet :

une identité monétaire qui s’efface progressivement

La conclusion de l’article est nuancée.

Les rois de France acceptent, pendant une période, de maintenir des caractéristiques du monnayage provençal, notamment pour les petites espèces destinées à la circulation locale. Cette situation répond à des considérations politiques, institutionnelles et pratiques.

La Provence conserve donc plus longtemps certaines spécificités que ne le laisserait supposer la seule chronologie de son rattachement au royaume.

L’auteur insiste aussi sur la diversité des situations : les ateliers ne fonctionnent pas de façon uniforme et les types locaux ne subsistent pas tous avec la même intensité.

Pour le numismate, l’enseignement essentiel est le suivant : la monnaie ne reflète pas mécaniquement le changement de souveraineté ; elle permet d’observer les compromis, les résistances et les étapes de la construction de l’État royal.

🌐 Pour aller plus loin:

Évolutions de la recherche depuis la publication de 1988

Complément documentaire distinct de l’article original

Les travaux postérieurs de Jean-Louis Charlet et d’autres numismates permettent de prolonger plusieurs questions abordées dans l’étude de 1988. Les publications retrouvées apportent surtout des précisions sur les ateliers, les attributions et la typologie. Elles ne permettent pas, à elles seules, d’affirmer que la thèse générale de l’article a été remise en cause.

1. Une première référence à consulter : l’atelier de Tarascon

Patac - Louis XI (SIT NOMEN DEI) - France – Numista

Jean-Louis Charlet, « L’atelier monétaire de Tarascon, de Louis XI à François Ier » (1986).

Publiée avant l’article étudié, cette recherche constitue un complément direct sur l’un des ateliers essentiels de la période. Elle permet de replacer les observations de 1988 dans une étude plus spécifiquement consacrée à Tarascon.

Référence bibliographique : Annales du Groupe numismatique de Provence, tome I, p. 23-34. (lien)

2. 1998 : le monnayage de Charles III d’Anjou

Monnaies féodales, Provence - 2015.3.56 | Institut Calvet

Jean-Louis Charlet, « Charles III, dernier comte de Provence (1480-1481), et son monnayage » (1998).

Cette étude revient sur le monnayage du dernier comte de Provence avant le rattachement à la couronne de France. Elle offre un complément utile pour comprendre les types monétaires hérités par Louis XI et le contexte dans lequel s’engage la transition.

Référence : Annales du Groupe numismatique de Provence, tome XIII, p. 31-42.

3. 2015 : la localisation de l’atelier monétaire d’Aix-en-Provence

Provence

Jean-Louis Charlet, « Note sur l’emplacement de l’atelier monétaire d’Aix-en-Provence » (2015).

Ce travail porte sur un aspect matériel de l’histoire monétaire : la localisation de l’atelier aixois. Il complète les recherches sur les émissions en replaçant la production monétaire dans son cadre urbain et documentaire.

Référence : Annales du Groupe numismatique de Provence, tome XXIX, p. 36-43.

4. 2017 : Aix ou Marseille pour certaines monnaies de Charles VIII ?

Monnaie France Blanc à la couronne Tours TTB Billon Duplessy:587
 – Numiscorner.com

Jean-Louis Charlet et Christian Charlet, « Monnaies de Charles VIII sans marque d’atelier : Aix-en-Provence ou Marseille ? » (2017).

C’est un prolongement particulièrement pertinent de l’article de 1988. Les auteurs réexaminent la question de l’attribution de monnaies dépourvues de marque d’atelier explicite.

Cette étude rappelle qu’il faut éviter d’attribuer automatiquement une monnaie à Aix ou à Marseille sur la seule base de son type. L’identification doit reposer sur le croisement des indices numismatiques et documentaires.

Référence : Bulletin de la Société française de numismatique, vol. 72, no 3, p. 76-78. (lien)

Mots clés: Numismatique provençale, Jean-Louis Charlet, Louis XI, Charles VIII, Louis XII, François Ier, Charles III d’Anjou, atelier monétaire d’Aix-en-Provence, atelier monétaire de Tarascon, atelier monétaire de Marseille, monnayage royal, Provence, rattachement à la couronne de France, patac, denier coronat, blanc au soleil, histoire monétaire.


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